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Petite histoire de la grotte Cosquer

Le 15 octobre, le CAP a organisé une visite collective de la réplique de la grotte Cosquer à Marseille. Cette grotte est maintenant bien connue, mais son histoire ne l’est pas vraiment.

Entre sa découverte et sa reconnaissance scientifique, il s’est passé six années ; en voici un petit résumé.


1. La découverte de la grotte


Cette histoire commence en 1985. Henri Cosquer a toujours été un passionné de la mer.

Il est moniteur de plongée à Cassis et a formé des centaines de stagiaires à la plongée sous-marine ; il est surnommé là-bas « le Barbu » à cause de sa grosse barbe fournie.

Depuis toujours il plongeait pour son plaisir à proximité immédiate des Calanques. Il explorait régulièrement les fonds marins dans ce secteur et avait découvert en particulier des restes d’embarcations romaines, des amphores et des pièces de monnaie. Il avait aussi fait la découverte de trois grottes sous-marines « classiques ».


De plus, il avait repéré depuis longtemps l’entrée d’un tunnel situé à 36 m de profondeur à proximité du Bec de Sormiou. En septembre 1985 il décide de l’explorer. Après plusieurs tentatives infructueuses, il remonte ce couloir de 175 m de long, dont les dimensions sont d’environ trois mètres sur deux mètres, en pente ascendante, qui lui permet de déboucher dans cette fameuse grotte ayant une partie immergée et une partie émergée.


Avec sa faible lampe il ne voit pas les peintures rupestres qui s’y trouvent.


Il y revient plusieurs fois, parfois avec des amis, pour constater en particulier que l’air y est respirable, ce qui montre l’existence de fissures entre le plafond de la grotte et l’extérieur de celle-ci.


Pour un problème de places dans le port de Cassis, H. Cosquer doit vendre ses deux bateaux et en achète un d’occasion appelé « le Cro-Magnon » !

La vie révèle ainsi parfois des surprises : les peintures rupestres de la grotte ne sont en effet pas encore connues à ce moment-là.


2. La découverte des peintures


En juillet 1991, avec trois amis plongeurs (dont sa nièce), ils découvrent une main peinte sur le rocher. Ils pensent que quelqu’un est venu avec une bombe à peinture en ce lieu difficile d’accès, mais ils prennent quelques photos de cette main. En fait trois mains apparaissent sur la photo argentique une fois développée.

Henri Cosquer

Ils y retournent 15 jours plus tard avec des lampes puissantes et découvrent les très nombreuses peintures rupestres : mains, chevaux, cerfs, bouquetins, bisons, animaux à bosse (qu’ils appellent dromalodaires !), pingouins, phoques… et prennent de nombreuses photos.

Les trois « découvreurs » des peintures présents ce jour-là avec H. Cosquer regrettent d’ailleurs que leurs noms n’aient pas été associés à cette découverte ; ils ont écrit dans un article de « La Provence » daté du 3 septembre 2022 qu’ils se surnomment depuis « Les oubliés de Cosquer ».


Le 1er septembre 1991, trois jeunes plongeurs de Grenoble meurent noyés en explorant le boyau d’accès et H. Cosquer est appelé par les secours pour les sortir de là. Suite à ce triple accident mortel, l’accès à la grotte est condamné par une grille métallique avec cadenas.


3. Le travail des scientifiques


H. Cosquer a eu beaucoup de mal à convaincre, malgré ses photos, l’administration et certains scientifiques de la réalité de sa découverte. La direction des recherches sous-marines de Marseille, la DRASM ne disposait pas de formulaire adapté à la découverte d’une telle grotte.


C’est en septembre 1991 qu’un spécialiste de la préhistoire et plongeur aguerri (mais il n’a pas plongé depuis longtemps), Jean Courtin, contacte H. Cosquer, lui demande de l’emmener dans la grotte et se rend dans la grotte avec lui ; il est accompagné de scientifiques restés sur le bateau.


J. Courtin est émerveillé par les peintures qu’il découvre et dit ceci à H. Cosquer : « C’est le plus beau jour de ma vie ; j’attendais cela depuis longtemps ! » et il valide ce qu’il considère comme une véritable merveille.


Pourtant certains scientifiques mettent en doute, malgré les photos de H. Cosquer, la réalité de ces peintures ; le magazine « Science et Vie » publie d’ailleurs en mars 1992 un dossier de sept pages sur la découverte de la grotte, en exprimant de sérieux doutes sur la réalité de celle-ci et des photos fournies par H. Cosquer. Dans cet article il est en particulier écrit ceci : « Presque aussi riche que Lascaux, la grotte Cosquer soulève toutefois de telles interrogations que certains préhistoriens doutent de son authenticité ». La grotte Cosquer est en effet l’unique grotte sous-marine ornée (avec des peintures préhistoriques) connue dans le monde.


H. Cosquer perd la main sur « sa » grotte et les scientifiques prennent le relais.


Diverses expéditions de spécialistes ont lieu sur place ; des prélèvements divers sont effectués et analysés au moyen de la technique du carbone 14 et les conclusions sont les suivantes :

  • cette grotte a été fréquentée pendant 14 000 ans, entre 33 000 ans et 19 000 ans avant Jésus-Christ ;

  • tout le nord du continent européen (jusqu’à Lyon par exemple) est alors recouvert de glaciers très épais ;

  • le niveau de la mer se trouvait environ 120 m sous son niveau actuel ; il fallait donc monter à pied (en pente douce) environ 80 m de dénivelée jusqu’à l’ouverture du boyau ;

  • les hommes de l’époque n’ont pas vécu dans cette grotte, mais ils y allaient probablement pour des célébrations « mystico-religieuses » ;

  • on dénombre en tout 553 signes graphiques, dont 229 figures animalières, 73 empreintes de mains et 240 signes géométriques ;

  • la grotte a dû être engloutie, suite à la fin de la glaciation, il y a 9 000 ans environ.

Vue en coupe de la Grotte - croquis Henri Cosquer

Vue de dessus - croquis Henri Cosquer

4. La réplique de la grotte


H. Cosquer avait rêvé qu’une réplique de la grotte serait un jour réalisée pour permettre au grand public d’y accéder, comme cela a été fait avant pour la grotte Chauvet, grotte que des membres du CAP ont d’ailleurs visitée il y a quelques années.


Et cette réplique a bel et bien été réalisée à la suite de la mobilisation d’un effort financier très important de 23 millions d’euros par la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur.

Les scientifiques mettaient en garde la détérioration éventuelle des peintures originales à cause de la pollution de la mer Méditerranée, de la présence de beaucoup de micro plastiques et de la montée actuelle des eaux due au réchauffement climatique en cours.


Cette réplique est installée au sein de la Villa Méditerranée à côté du Mucem à Marseille.


L’inaccessible grotte sous-marine est ainsi accessible désormais aux yeux de tous.


Marc Lassalle



N.B. : La plupart de ces informations sont extraites du magnifique ouvrage (contenant beaucoup de photos) réalisé par H. Cosquer : « LA GROTTE COSQUER : plongée dans la préhistoire » édité en mai 1992 (il y a donc déjà 30 ans !) aux éditions SOLAR.


Le CAP prévoit une nouvelle visite de la grotte Cosquer en avril 2023



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