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Sainte-Victoire et les aigles de Bonelli


La Maison Sainte-Victoire accueille jusqu'au 10 avril une très belle exposition photographique proposée par l’association Regard du Vivant, intitulée « Aigle de Bonelli, le prince des garrigues » *.

Un certain nombre d’entre vous savent peut-être que deux couples d’aigles de Bonelli vivent sur la montagne Sainte-Victoire. Voici quelques informations concernant ces magnifiques oiseaux.


Un rapace méditerranéen


Ce rapace, peu répandu dans le monde, vit autour du bassin méditerranéen (France, Espagne, Portugal, Maroc, Algérie, Tunisie, Grèce…), au Moyen-Orient et en Asie (principalement en Inde et en Indonésie). Ils sont particulièrement nombreux en Espagne où se trouvent plus de 750 couples !


À l’âge adulte cet oiseau pèse entre 1,5 et 2 kg, a une envergure d’environ 1,75 m et la femelle est en général un peu plus grande et trapue que le mâle. Ils peuvent parfois nicher dans des arbres, mais ils sont le plus souvent situés dans des falaises rocheuses.


Les aigles de Bonelli en France, une espèce en danger


En ce qui concerne la France, le nombre de couples était de l’ordre de 80 vers les années 60, mais celui-ci a fortement chuté ensuite à cause, en particulier, du braconnage et de la chasse et il est descendu à 22 couples seulement en 2002 ! Des plans nationaux d’actions ont été mis en œuvre à partir de 1990 et l’espèce est à présent protégée (sa chasse est strictement interdite). Du coup sa population est remontée lentement (la reproduction est faible et la mortalité des jeunes est très élevée).


À ce jour on compte 44 couples en France, dont 19 se trouvent dans les Bouches-du-Rhône.

Mais l’espèce est encore aujourd'hui classée « en danger » selon la liste rouge nationale de l'UICN et son état de conservation très précaire en fait l'un des rapaces les plus menacés de France.


Alimentation, baguage, espérance de vie et mortalité


Son alimentation est constituée principalement par des oiseaux (pigeons, perdrix rouges, cailles, choucas des tours, cormorans…), mais aussi par des écureuils roux, des lapins, voire parfois par des gros lézards.

Ils vivent en général en couple et, comme la plupart des rapaces, restent fidèles l’un à l’autre jusqu’au décès de l’un des deux. L’espérance de vie est de 25 ans environ, certains pouvant même dépasser les 30 ans.

Ils n’ont pour ainsi dire pas de prédateur ; il existe des cas exceptionnels d’aigles de Bonelli tués par des hiboux grands-ducs, mais ceci est absolument rarissime.


La période de reproduction et d’élevage des aiglons dure de fin janvier ou février à juillet ; la ponte annuelle unique arrive vers le mois de mars et elle est constituée en général d’un ou de deux œufs, exceptionnellement trois. L’incubation dure 42 jours et les petits peuvent s’envoler entre 60 et 70 jours.


L’organisme régional qui observe et suit l’évolution de ces oiseaux est le Conservatoire d'espaces naturels Provence-Alpes-Côte d'Azur (CEN PACA). Ce service considère que les couples présents sur Sainte-Victoire sont en très bonne santé car ils se reproduisent régulièrement chaque année, ce qui n’est pas le cas pour d’autres couples installés dans notre département.


Afin de mieux les connaître, cet organisme fait procéder chaque année au baguage des petits aiglons, opération délicate qui a lieu entre 35 et 45 jours après l’éclosion des œufs.


Depuis 1990, ces jeunes aiglons sont munis de deux bagues distinctes (911 baguages ont eu lieu à ce jour) :

  • une bague métallique avec gravées dessus toutes les informations les concernant : date et lieu de naissance en particulier ; elle n’est découverte que lorsque l’on retrouve le cadavre de l’animal ;

  • une bague de couleur vive et fluo avec un code, constitué de deux lettres, écrit en gros caractères dessus : elle peut être visible au moyen de jumelles jusqu’à 400 à 500 m lorsque l’oiseau vole.



Quant aux aiglons de l’année, une fois qu’ils ont acquis leur autonomie, leurs parents ne s’occupent plus d’eux et ils doivent quitter leur territoire pour chercher à trouver un lieu pour s’installer avec un ou une partenaire. Leur maturité sexuelle est atteinte vers trois à quatre ans. On sait que certains d’entre eux vont passer pas mal de temps en Espagne, puis reviennent en France, en particulier dans l’Hérault. D’autres vont circuler un peu partout en France et il a été constaté deux voyages lointains d’aiglons, l’un jusqu’au nord du Danemark et l’autre jusqu’en Russie (Kaliningrad) ! Mais ils reviennent toujours s’installer autour de la Méditerranée.


La mortalité qui touche l’espèce, en particulier les jeunes, est très importante et peut être due à différentes causes :

  • la plus importante est l’électrocution sur des poteaux de lignes à moyenne tension ; en France, 44 % des juvéniles bagués et surveillés ont été tués par électrocution. Les solutions à ce problème sont diverses : enfouissement des lignes électriques (mais cela coûte très cher), installation de manchons en plastique isolant sur les câbles à proximité des poteaux, voire même installation d’un perchoir au-dessus de certains poteaux où peuvent se poser, en sécurité, des aigles à l’affût.

  • Il existe aussi d’autres causes : appâts empoisonnés ou pesticides agricoles ingérés par leurs proies, braconnage (des aigles de Bonelli sont parfois tués par des armes de chasse, ce qui est strictement interdit), noyade dans des réservoirs d’eau ;

  • Une maladie, la trichomonose, a été mise en évidence lors des suivis et des opérations de baguage et se caractérise par la formation d'abcès dans la bouche et le jabot des aiglons ; les jeunes n’arrivent plus à s'alimenter normalement et peuvent décéder par inanition ou étouffement.

Des facteurs divers peuvent également nuire à la reproduction par dérangement ou perte de zones d’habitat : surfréquentation humaine, construction de routes, de résidences secondaires…


Présence sur la montagne Sainte-Victoire


Il existe actuellement deux couples d’aigles de Bonelli sur la montagne Sainte-Victoire.

Celle-ci est en effet un lieu privilégié pour eux : grande falaise calcaire orientée vers le sud avec de grands terrains dégagés et agricoles autour, constituant un paysage dans lequel ils peuvent trouver facilement des proies.


Mais cela n’a pas toujours été le cas ! Jusqu’à la fin de la seconde guerre mondiale, Sainte-Victoire était occupée par des aigles royaux, rendant impossible l’installation d’aigles de Bonelli. Les aigles royaux sont partis et un couple d’aigles de Bonelli s’est installé à l’ouest de la montagne et s’est reproduit régulièrement chaque année.


Pour une raison inconnue, ils ont complètement changé de zone d’habitat une année en s’installant à l’est du massif dans le secteur de Saint-Ser. Il y a quelques années, au cours de l’hiver 2009-2010, un second couple de jeunes est venu s’installer à l’ouest de la montagne.

Il a été procédé à la pose d’une petite balise GPS (au moyen d’un petit harnais très léger fixé à demeure) sur un adulte de chacun des deux couples de façon à connaître leurs déplacements et leurs territoires respectifs de chasse. Les relevés montrent qu’ils ont clairement séparé leurs territoires, la séparation entre les deux se situant à peu près au milieu de Sainte-Victoire. Chaque couple ne vole et ne chasse que de son côté, soit à l’ouest, soit à l’est du massif ! Le territoire de chasse de ces oiseaux représente plusieurs dizaines de km² et l’extrémité de la zone principale de chasse du couple situé à l’est se trouve tout près du lieu d’installation des 22 éoliennes installées récemment sur les communes d’Artigues et d’Ollières. On peut espérer qu’il n’y aura pas de dégâts physiques causés par celles-ci aux aigles ; un cadavre d’aigle de Bonelli a déjà été retrouvé mort au pied d’une éolienne à Chypre, l’oiseau ayant été déchiqueté par une pale de celle-ci.


En se promenant à Sainte-Victoire, il arrive que l’on aperçoive ces magnifiques oiseaux planant dans les cieux. Lors de la période de reproduction et d’élevage des aiglons, qui dure de début janvier à mi-juillet environ, des panneaux indiquent l’interdiction pour les randonneurs d’emprunter certains chemins ; respectez ces consignes : elles sont impératives !


Marc Lassalle


* L’exposition photographique « Aigle de Bonelli, le prince des garrigues » est proposée par l’association « Regard du Vivant »

Maison Sainte-Victoire, chemin départemental 17, Saint-Antonin-sur-Bayon. Du 7 février au 10 avril 2023, du mardi au dimanche de 9 h à 12 h 30 et de 13 h 30 à 18 h 00. Entrée libre et gratuite.

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